8e Conférence mondiale des villes historiques
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Conserver et mettre en valeur :
comment? avec qui? dans quelle perspective?
 

Thématiques des tables rondes

     I- Comment choisir ce qu'il faut mettre en valeur?
     II- Comment impliquer, citoyens, résidants, commerçants, experts?
     III- La perspective de mise en valeur : dépense ou investissement?

 

Thématiques des tables rondes

  I-  Comment choisir ce qu'il faut mettre en valeur?

Les choix de mise en valeur du passé peuvent être déterminés par l'importance et la nature des traces qui en subsistent. Ainsi, certaines villes historiques ont-elles conservé essentiellement les traces d'une période particulière de leur histoire, dominantes et faciles à identifier.

Dans la plupart des cas cependant, les traces du passé se superposent, s'entrecroisent, s'entrechoquent au point où l'observateur peu averti ne pourra identifier les périodes historiques sans une information organisée. Quels sont alors les choix de mise en valeur qui s'offrent?

Certaines villes optent pour la préservation d'immeubles et d'aménagements d'époques différentes, y compris l'époque contemporaine; d'autres choisissent de reconstruire à l'identique à partir des vestiges d'une époque donnée.

Quels que soient les choix, ils sont susceptibles de provoquer des réactions :

  • réactions contre l'évocation ou l'effacement d'une période ou d'un événement historiques donné (Ne risque-t-on pas, par ailleurs, de banaliser le patrimoine et l'histoire, en cherchant à masquer les conflits du passé sous un vernis patrimonial uniformisant, par souci de ne choquer personne?);

  • réactions des propriétaires et occupants d'immeubles de grande valeur immobilière et foncière, sur des sites à fort potentiel archéologique (Comment concilier les impératifs de développement économique des centres-villes et la mise en valeur des vestiges archéologiques?);

  • réactions d'ordre esthétique, notamment à l'égard d'insertions contemporaines (Ne risque-t-on pas de « muséifier »les quartiers historiques en refusant de les intégrer à la modernité des villes environnantes ou, à l'autre extrême, d'en exacerber le caractère exceptionnel, « touristique », en y concentrant des créations d'une modernité que n'ont même pas les quartiers plus récents?).

En matière de mise en valeur, nous postulerons qu'il n'existe a priori ni bonne ni mauvaise réponse, seulement des choix avec leur cortège de conséquences, heureuses et moins heureuses. Aussi l'atelier réunira-t-il des représentants de villes ayant fait des choix différents.

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  II- Comment impliquer, citoyens, résidants, commerçants, experts?

L'implication des citoyens dans la protection du patrimoine suppose que ceux-ci partagent la connaissance de l'importance qu'a ce patrimoine dans l'histoire. Le fruit des recherches historiques et archéologiques doit donc être organisé et présenté d'une façon conviviale et accessible : aujourd'hui, c'est souvent sur le Web que le citoyen peut parfaire sa connaissance et mieux comprendre l'apport du passé à la ville actuelle. Cet instrument interactif lui permet aussi d'effectuer ses propres recherches, de poser lui-même des hypothèses.

Résidants et commerçants développent un sentiment de propriété à l'égard de leur quartier historique et se mobilisent facilement pour faire entendre leur voix. Mais leurs intérêts divergent souvent quant à l'orientation que doit prendre la mise en valeur de leur quartier et aux effets des interventions qui y sont menées, les commerçants visant plutôt des effets à court terme et les résidants se souciant des conséquences à plus long terme. L'animation touristique de soir et de nuit, l'envahissement des rues, la « spécialisation » et les prix élevés pratiqués par les commerces visant la clientèle touristique, sont quelques-uns des sujets de discorde. Le point de vue des résidants apparaît d'autant plus important que, selon plusieurs observateurs, ce sont eux qui donnent aux quartiers historiques ce « supplément d'âme » qui les distingue d'un décor.

En ce qui concerne les commerces de « souvenirs », qui envahissent et enlaidissent tous les quartiers historiques du monde, on conviendra que la meilleure façon de marginaliser leur présence est de conserver vivantes des fonctions urbaines diversifiées, et des quartiers anciens réellement intégrés à la ville moderne.

Enfin, les groupes de pression en patrimoine, les professionnels liés à l'architecture et à l'aménagement urbain, et la société civile en général, sur la base de l'importance nationale ou internationale de certains lieux, revendiquent d'être écoutés avant que les pouvoirs publics ne prennent des décisions. Leur implication peut prendre diverses formes : de la consultation informelle à la création d'instances auxquelles la municipalité délègue des pouvoirs.

La volonté manifestée par tous ces groupes de prendre part à la préservation et à la mise en valeur du patrimoine bâti doit être prise en considération. Mais ce sont les élus à qui incombe la responsabilité ultime de faire les choix, de prendre les décisions qu'ils jugent les plus conformes au bien public et d'en rendre compte auprès de l'ensemble de la population. Quelques villes membres viendront présenter l'approche retenue pour assurer le respect du rôle de chacun.

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  III- La perspective de mise en valeur : dépense ou investissement?

La contribution des fonds publics est nécessaire à la mise en valeur du patrimoine bâti, qui se place à cet égard en concurrence avec une diversité d'autres besoins. D'où la recherche d'une rentabilité à l'investissement public consenti dans la réhabilitation des quartiers anciens.

Cette rentabilité, elle réside à court terme dans le développement touristique, générateur d'emplois et de devises. Les arguments du bénéfice culturel à long terme, de la fierté collective, autrefois invoqués pour conserver le patrimoine, sont de plus en plus supplantés, même dans les discours, par cet impératif économique plus immédiat et plus tangible.

À cet égard, on peut se demander aujourd'hui :

  • si, à part la perspective de l'exploitation touristique, d'autres motivations seraient encore susceptibles d'entraîner les décisions politiques et les investissements publics nécessaires à la préservation et à la réhabilitation des quartiers anciens?

  • si l'investissement patrimonial à des fins de rendement touristique à court terme n'a pas d'effets négatifs sur la préservation à long terme des quartiers historiques (sur-utilisation des lieux, déséquilibre des fonctions, désertion des résidants, achat de résidences par des étrangers pour quelques jours par année, hausse incontrôlée du prix de l'immobilier,...)?

Pour que la mise en valeur des quartiers anciens ne soit pas qu'un investissement touristique, mais aussi un investissement urbain et social, les pouvoirs publics devraient encourager la diversité des fonctions urbaines :

  • protéger l'habitation en contrôlant la gentrification et les nuisances;

  • préserver la diversité commerciale;

  • encourager d'autres fonctions : affaires, création, administration publique, services,...

À cet égard, la rareté des fonds publics, parfois invoquée pour expliquer les limites de l'intervention publique dans les quartiers anciens, ne justifie-t-elle pas les partenariats publics-privés, notamment dans la réhabilitation et le recyclage d'édifices anciens dans des usages contemporains, susceptibles de contribuer à la diversité fonctionnelle et à l'intégration des quartiers anciens?

Cet atelier permettra de prendre connaissance de quelques solutions adoptées par des villes membres.

 
 
 
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12 juin 2003