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| LA VRAIE NATURE DE LA PLACE |
Deuxième plus ancien lieu public de Montréal, la place d’Armes est créée en 1693 à l’initiative des Sulpiciens à la suite de l’achat d’un terrain au nord de l’église paroissiale. On l’appelle à cette époque la « place de la Fabrique ». Elle est rapidement considérée au titre de place civique puisqu’on y fait la lecture des décrets et ordonnances à la sortie de l’église. |
Agrandie vers le nord, elle accueille les manœuvres militaires après l’incendie survenu autour de la place Royale en 1721. On l’appelle désormais la place d’Armes et devient le lieu d’événements tragiques. Les régiments français y déposeront les armes en septembre 1760 devant les officiers anglais; trois Canadiens y sont tués par l’armée britannique en 1832; les Fils de la Liberté y affrontent les membres du Doric Club en 1837 ce qui nécessite l’intervention de l’armée.
La notion de place d’armes en milieu urbain apparaît à la fin du XVIIe siècle. Il s’agit d’un espace ouvert, gazonné ou recouvert de terre battue qui sert aux exercices et aux défilés militaires, mais qui remplit aussi le rôle de parc public, où se rassemblent les citadins. |
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Governor Guy Carleton reviews British troops on Place d’Armes in 1775 on the eve of the American Invasion of Canada.
cote : 4-63a-a
Source : BAnQ, Fonds Massicote
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En 1773, un buste de George III est installé sur la place. Résultat d’une initiative de résidants, c’est en fait le premier monument public connu à Montréal. Il est l’objet de quelques crimes de lèse-majesté. Barbouillé et affublé d’un collier de pommes de terre avec une croix portant l'inscription « Voilà le pape du Canada et le sot anglais », il disparaît pendant l’invasion américaine pour être retrouvé plusieurs décennies plus tard au fond de l’ancien puits de la place d’Armes.
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Tête du buste de George III, 1765
Joseph Wilton 1765, de la Natural History Society of Montreal
cote : M15885
Source : © Musée McCord
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Place d'Armes en 1807 à Montréal / Neuville Bazin (copie). – 1942
cote : 194207184
Source : BAnQ, Fonds ministère de la Culture et des Communications
Commentaire : La présence des charrettes à foin illustre bien sur cette aquarelle l’activité commerciale de l’époque sur la place.
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On utilise ensuite la place comme marché à foin et à bois à partir de 1781, jusqu’à l’ouverture du nouveau Marché à foin (square Victoria) en 1813.
La place se transforme en jardin victorien après son acquisition des Sulpiciens par la Ville en 1836. Elle devient un lieu de promenade et de représentation pour la belle société avec ses allées, ses arbres et sa fontaine centrale.
Avec l’accroissement de la population anglophone, on l’appelle souvent le « square aux français » probablement en raison de la forte présence spatiale de monuments identitaires tels l’église Notre-Dame et le séminaire de Saint-Sulpice.
L’installation du monument de Maisonneuve en 1895 donnera à la place un autre sens. Elle devient un lieu de commémoration de la fondation de la ville pour l’ensemble des citoyens. L’importance du Fait français y est affirmée.
À la suite du démantèlement des éléments caractéristiques du square victorien en 1914, la place devient essentiellement un carrefour de circulation ce qui justifie l’implantation des vespasiennes. Cette période s’échelonne sur une cinquantaine d’années, c’est-à-dire jusqu’à la construction des aménagements que nous connaissons aujourd’hui. Réaménagée dans un langage moderne en prévision de l’Exposition universelle la place est à nouveau de son temps. |
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Publicité du ministère des Mines dans une vitrine d'Hydro-Québec et église Notre-Dame, Montréal / Paul Girard . - [195-?]
cote : E6,S7,SS1,D217204
Source : BAnQ, Fonds ministère de la Culture et des Communications
Commentaire : On remarque le traitement minéral de la place.
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La place d’Armes à l’été 2007
Source : Mario Brodeur
Commentaire : La place, lieu de rassemblement des touristes.
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La place d’Armes est aujourd’hui l’un des principaux points d’entrée au Vieux-Montréal pour les touristes. Elle accueille près de cinq millions de visiteurs par année principalement en été (TISCHER, p. 3). Toutefois, il est important de spécifier que c’est davantage la basilique que la place en tant que tel qui génère ce tourisme. Sur le plan statistique, un sondage réalisé en 2004 fait ressortir que 74% des visiteurs attribuent une notoriété spontanée à la basilique Notre-Dame comparativement à 4% pour la place d’Armes, alors que la place Jacques-Cartier obtient 45% (LÉGER MARKETING, p. 14).
Une étude éloquente sur le fonctionnement de la place d’Armes et le comportement des différents usagers a été récemment réalisée par le Laboratoire de création en architecture de paysage de l’École d’architecture de paysage de l’Université de Montréal. Elle établit le portrait des activités existantes sur la place et confirme la forte présence des touristes et des travailleurs.
Deux types de circulation sont aussi constatés. Ils varient en fonction de l’heure et de la période de l’année. Tout d’abord, une circulation en périphérie qui s’explique par les accès limités, un peu à l’image du square victorien et une circulation transversale générée par les objets d’intérêt comme le monument, le kiosque à fleurs ou les bancs. Les usagers arrivent principalement par la côte de la Place-d’Armes pour se diriger vers la basilique ou la rue Notre-Dame vers l’est.
Une observation continue assistée par ordinateur pour la période du 15 septembre au 23 décembre 2006 confirme également que la place est un « lieu de regroupement et de concentration touristique au début de la période de collecte [d’informations et qu’elle] semble perdre ses atouts et son charme en hiver, se transformant en un lieu de transition[…]. La place est également occupée dans sa totalité et les éléments qui la composent représentent plusieurs objets d’intérêt lors des visites, de haltes ou simplement comme espace vécu au quotidien par les gens qui travaillent à proximité de la place d’Armes.» (TISCHER, p. 66).
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Les chercheurs ont aussi identifié des conflits et des contraintes qui perturbent la relation entre la place et les bâtiments importants en périphérie. Ils sont générés soit par l’aménagement actuel de la place ou par l’usage des chaussées qui l’entourent. Par exemple, la relation avec l’immeuble Banque Nationale est interrompue par le stationnement des autocars et le bac de plantations. Il en est de même pour les édifices de la Banque de Montréal en raison de l’impression de voie rapide que donne la rue Saint-Jacques et de la présence des espaces réservés pour les taxis. Il est aussi considéré que la rue Notre-Dame et la zone d’embarcadère des calèches dégradent la relation avec le parvis de la basilique Notre-Dame.
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Panorama sur la place à partir du parvis du de la Banque Nationale.
Source : © Denis Tremblay
Commentaire : Le bac de plantations qui fait office d’obstacle devant l’immeuble de la Banque Nationale.
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Enfin s’il s’avère important de maintenir la place comme principal lieu d’arrivée et de départ des touristes dans le Vieux-Montréal, une hypothèse est posée quant à la réutilisation des vespasiennes toujours présentes en souterrain. Elles pourraient être simplement remises en fonction ou réaménagées pour fournir les services liés au tourisme du type bureau d’information, point de vente de rafraîchissements voire de fleurs. Selon ce scénario, l’accès universel à ces espaces devra aussi être considéré. |
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Le point de vente de fleurs et de rafraîchissements le jour.
Source : Mario Brodeur |
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Le point de vente de fleurs et de rafraîchissements en dehors des heures d’ouverture.
Source : Mario Brodeur
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Mario Brodeur, architecte
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Parmi les composantes qui ont déterminé les usages successifs de la place, quel intérêt voyez-vous à la remise
en fonction des vespasiennes ou à la réutilisation de leur espace pour des fins touristiques ?
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Parmi les composantes qui ont déterminé les usages successifs de la place, quel intérêt voyez-vous à la remise
en fonction des vespasiennes ou à la réutilisation de leur espace pour des fins touristiques ? |
Un espace de santé public sera sûrement apprécié par les touristes et utilisateurs de la place. De plus un centre d’information faciliterait l’accès à l’offre de services du Vieux-Montréal.
Louis Wiriot
Montréal |
Si les vespasiennes sont restaurées avec le look du 19ième siècle, il serait sûrement très utile de faire renaître un service très apprécié des touristes.
René Houde, guide touristique
Laval |
Il y a sûrement un intérêt à remettre en fonction les vespasiennes surtout pour les touristes mais notre inquiétude est au sujet d'un lieu qui peut servir de refuge aux itinérants. Serait-il possible d'y mettre un local pour le service de police du quartier? Il y a déjà un bureau d'informations touristiques Place Jacques-Cartier, pas nécessaire d'en ajouter un deuxième à 5 minutes de marche.
Carole Leblanc
Montréal |
Je vois de cette proposition un très grand intérêt dans la remise en fonction des vespasiennes. J’ai 23 ans, et donc mon âge m’a empêché de voir cette caractéristique de la place d'Armes, alors je crois qu'il serait intéressant de leur trouver une fonction originale.
Jean-Nicolas Beaulieu
Montréal |
It would be great to have public bathrooms in such a heavily visited tourist area. However, reopening the underground washrooms (which I remember from my childhood) would raise two problems that seem insurmountable.
1) It would be impossible to supervise without a staff person down there, which would be expensive if open for more than limited hours.
2) Providing handicapped access would require an above-ground structure. Though this could be tucked away in a larger park with lots of vegetation, Place d'Armes is so small that even a discreet structure would be inappropriate. (This also means getting rid of the flower kiosk. The place is too small and significant to be cluttered up with such diversions.)
The architecture around the square is so exceptional that this is a place where a less-is-more solution would be most appropriate.
Provide bathrooms in a nearby building or, I hate to say it, but let the people use the bathrooms at McDonalds.
Mark London
Martha's Vineyard, USA |
As a newcomer to Montreal from Vancouver I have been very impressed with the quality of public washroom facilities that are available, for example at Marché Jean-Talon and Atwater, and the quay at Vieux-Port. Other Canadian cities are not able to maintain clean, comfortable washrooms with hot water because their citizens destroy them; Montreal does not seem to have that problem. Restoring the use of the washrooms would be a way of celebrating that element of Montreal's relative civility and of course would be useful to the public using the place. It makes more sense to me to use spaces on the surface for any tourism purposes required.
Bill Buholzer
Montreal |
I would think that if the washrooms were reopened it would have to be in conjunction with the creation of adjacent underground tourist information space. Otherwise the washrooms could be underutilized, and become intimidating to those who feel uncomfortable where there is little nearby foot traffic. Moreover, placing tourist information space underground would minimize tourist clutter above ground where it could detract from the sense of authenticity that is such an attraction of the Old City.
Christopher Carlisle
Massachusetts, USA and Old Montreal |
Je trouve que les vespasiennes ont un intérêt historique et pratique - il y a très peu de toilettes publiques à Montréal, et on en a besoin. Je crois aussi que ces vieilles installations ont un certain "cachet". Si elles étaient payantes (et peut-être gérées par une compagnie privée - la Ville ne sera pas capable de les entretenir...) Elles seraient propres, sécuritaires et pratiques.
Iain Blair
Montréal |
Dans la perspective de ma réponse à la question 1, les vespasiennes n'ont pas leur place ici. Ceci dit, c'est un équipement qui manque totalement à Montréal.
Yves Deschamps
Montréal |
En tant que guide touristique de Montréal, je précise que le manque d'installation sanitaire dans ce secteur est un problème majeur et inconcevable pour un site aussi achalandé par les touristes du monde entier. Réaménager les vespasiennes serait une excellente idée car elle représente une période importante des grands travaux publics de la ville organisés par le maire Camilien Houde en réponse aux pertes d'emplois massive causée par le Crash de 1929. De la même époque, on retrouve les vespasiennes du Parc Lafontaine, la salle Calixa-Lavallée, les piscines de l'île Ste-Hélène, le chalet du Mont-Royal entre autres. Surtout, ne pas masquer la place avec des bâtiments sanitaires modernes. Tant qu'au comptoir touristique, il serait plus pertinent sur la place, facilement visible pour les touristes. Le placer devant la tour moderne de la Banque National serait très judicieux.
Michel Jutras, guide de Montréal
Montréal
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La remise en service des vespasiennes peut être intéressant mais ce qui doit être bien réfléchi c'est l'accès à ces vespasiennes. Je ne crois pas qu'elles devraient être accessible à partir de percées dans le sol de la place. Ni aucunes autres fonctions de services utiles ne devraient venir entraver l'espace.
Une utilisation plus conviviale des immeubles de pourtour pourrait répondre à tous les besoins de services fonctionnels. La place devrait être aussi sacrée que possible. Pas dans le sens religieux mais bien plutôt comme grand lieu inspirant de Montréal.
Jules Bélanger
Montréal |
Ce serait intéressant de recréer ces espaces pour deux raisons. D'abord, j'aime bien l'idée de revenir à une structure d'une autre époque, même dans un aménagement plus moderne du site. Cette idée devient possible notamment si la notion de niveler le site au niveau de la rue est retenue... et elle devrait l'être. Ensuite, le kiosque existant pourrait y être "enfoui", question de le garder mais pas du tout en surface. Et finalement, il y a tout simplement l'utilité d'une telle installation pour les visiteurs.
J. Hébert
Montréal |
Sans doute, les vespasiennes auraient un certain intérêt touristique mais je crains fort qu'elles deviennent un autre repère pour nos quêteux comme le passage souterrain qui relie la station de métro Champs de Mars à l'Hôtel de Ville.
Huguette Gagnon
Montréal |
Pas de vespasiennes et réutilisation de l'espace....Il n'y a pas assez de zones piétonnes à Montréal par rapport à l'Europe alors qu'il y a BEAUCOUP plus de place ici.....
SVP donnez tout l'espace aux piétons...
Yves Girard
Montréal |
Bravo pour le retour des vespasiennes! Et autant que possible dans le style original. Et il n'y a aucune objection à ce qu'elles soient payantes. Mieux vaut payantes que délabrées ou malpropres... ou d'entendre les récriminations de quelques-uns à l'effet que cela coûte cher en taxes.
Michel Hudon
Saint-Pacôme |
Je crois que c'est une très bonne idée. Pour ma part, je vous soumets une idée que j'ai eue. Je pense qu'un abri souterrain pour les sans-abri serait nécessaire avec des douches et des toilettes auto-nettoyantes comme à Paris. Pensons donc au moins fortunés. Essayez donc chers concepteurs d'innover et d'avoir une idée qui ferait le tour du monde.
Raymond Lalonde
Sainte-Thérèse |
To make the centre of Place d'Armes accessible to the handicapped, the steps at the four corners should be removed and replaced by ramps. This would also mean snow clearing would be possible in winter.
We should also try to find a way of covering the fountain in the winter which is aesthetically pleasing. Today (Oct 31), it is covered with ugly and scruffy pieces of wood. By the way, the fountain could be cleaned out more frequently in summer too.
Basically I like Place d'Armes as it is and see no reason to change it. However I would like to mention that in winter, it is often bitterly cold and windy. I walk across it several times every day and I hug the buildings at the sides to get some protection. The (very nice) suggestion to have sidewalk cafes year round would never work!
Fiona Malins
Resident of Old Montreal (close to Place d'Armes) |
| Bibliographie |
CHOKO, Marc H., Les grandes places publiques de Montréal. Montréal, Éditions du Méridien, 1987.
DUFRESNE, Sylvie, Fête et société : le carnaval d’hiver à Montréal (1883-1889). Essai paru dans Montréal activités, habitants, quartiers Société historique de Montréal. Montréal, Fides, 1984.
LAFONTAINE, Luce, Place d’Armes, Montréal | Évolution urbanistique et architecturale. Étude réalisée pour la Société de développement de Montréal. Montréal, mars 2007.
LÉGER MARKETING, Sondage auprès des clientèles pour le Vieux-Montréal et analyses comparatives avec une étude réalisée en 1998. Étude réalisée pour la Société de développement de Montréal. Montréal, 2004.
PRESSMAN, Norman, La notion d’hivernité apprivoiser la glace et la neige. Essai paru dans Sensations urbaines une approche différente à l’urbanisme sous la direction de Mirko Zardini. Montréal, Centre Candaien d’Architecture, Lars Müller Publishers, 2005.
TISCHER, Stefan et al. Place d’Armes | Étude sur la circulation des piétons, Laboratoire de création en architecture de paysage, École d’architecture de paysage Faculté de l’aménagement, Université de Montréal. Étude réalisée pour la Ville de Montréal. Montréal, juin 2007. |
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